mercredi, 20 septembre 2017

Pourquoi le diabète de la femme enceinte est-il à prendre au sérieux ?

Près de 6% des femmes enceintes présentent un diabète gestationnel. Cette pathologie est définit par l’OMS comme un trouble de la tolérance glucidique conduisant à des hyperglycémies de sévérité variable débutant ou diagnostiqué pour la première fois pendant la grossesse.

 

En fait cette définition englobe deux pathologies distinctes :

- Le diabète de type 2, qui est patent, antérieur à la grossesse et décelée au cours de celle-ci. Ce diabète persistera au cours de la grossesse

- Une intolérance glucidique qui apparaît au cours de la grossesse et qui disparaîtra après l'accouchement.

diabète gesta

Pourquoi le diabète est-il favoriser durant la grossesse ?

C’est qu’en réalité, la grossesse entraîne un état physiologique où l’insuline, l’hormone qui régule la glycémie, est moins performante du fait d’une insulino-résistance des cellules. En d’autres terme, la grossesse est par nature diabétogène. 

 

Quelles en sont les causes ?

La surcharge pondérale, l’âge, l’origine ethnique, les antécédents familiaux sont des facteurs de risque de diabète gestationnel.

De même, les antécédents obstétricaux ou le syndrome des ovaires polykystiques favorisent l’apparition du diabète gestationnel.

 

Quelles sont les complications ?

Le diabète gestationnel n’est pas transmis à l’enfant. Mais il existe de réelles complications pour la mère et l'enfant.

A l’annonce du diagnostic du diabète gestationnel, la maman risque de développer des troubles psychologiques (type anxiété, stress, angoisse).

La maman risque de développer une hypertension artérielle (« préeclampsie »), associant oedèmes, complications rénales ou risque d’accouchement prématuré.

Le bébé risque d’avoir une croissance et un poids excessif pouvant compliquer l’accouchement (risque de césarienne ou de déchirure du périnée). Cette « macrosomie » se définit généralement par un poids supérieur à 4 kg.

 

 

Qui se fait dépister ?

Le dépistage du diabète gestationnel est important car la prise en charge thérapeutique et alimentaire de cette pathologie limite les complications.

Depuis 2010, le dépistage ne concerne que les femmes à risque. Les professionnels de santé ne recommandent le dépistage du diabète gestationnel qu’en présence d’au moins un des critères suivants :

- âge > à 35 ans 

- IMC > 25 kg/m2 (signe de surpoids)

- Antécédents familiaux de diabète

- Surpoids (> 4kg) à la naissance d’un enfant précédent

Il n’y a donc pas d’arguments suffisants pour recommander un dépistage systématique pour toutes les femmes enceintes.

Si une femme enceinte ne présente pas un de ces critères, le dépistage ne sera pas effectué (sauf si elle présente une quantité de liquide amniotique trop importante ou si le fœtus présente des biométries supérieures à 97 e percentile).

 

Comment dépister le diabète gestationnel ?

Lorsqu’il y a des facteurs de risque avérés, l’idéal est de réaliser une glycémie à jeûn (idéalement avant la conception ou au cours du 1 er trimestre). Ceci permet de détecter un diabète de type 2 dès le début de la grossesse.

Puis, entre 24 et 28 SA (semaine d’aménorrhée), la méthode la plus utilisée est l’hyperglycémie provoquée par voie orale avec 75 g de glucose et mesure des glycémies à 0, 1 et 2 h. Une seule valeur de glycémie au-delà des seuils définis (0,92g/L à jeun; ou 1,80g/L 1h après la charge orale en glucose; ou 1,53g/L 2h après) suffit à diagnostiquer un diabète.

 

Prise en charge du diabète gestationnel

En plus des conseils propres à la femme enceinte, le diabète gestationnel nécessite une priseen charge diététique particulière.

La patiente doit s’impliquer dans cette prise en charge afin d’obtenir des résultats. Pour cela, une auto-surveillance glycémique, des mesures hygiéno-diététique ainsi qu’un suivi médical permettra un suivi de grossesse optimal.

La patiente doit maintenir sa glycémie à des taux « normaux » (< 0.92 g/L à jeûn). Les valeurs détermineront si des injections d’insuline sont nécessaires ou pas.

Les conseils diététiques sont simples, il est fortement déconseillé de suivre un régime sévère car il y a des risques pour le bébé.
Voici les principaux conseils :

- Mangez trois repas principaux équilibrés, avec éventuellement une collation. Le déjeuner ainsi que le dîner sont composés d’une portion de viande/poisson/oeuf, de légumes, de céréales + un produit laitier éventuellement et un fruit). La collation, si elle a lieu, doit contenir un sucre lent (du pain par exemple). Ces repas sont pris à heure régulière. Ne sautez pas de repas

- Favorisez une association de légumes cuits avec des féculents, à chaque repas

- Favoriser les aliments à index glycémique (IG) bas, et limiter fortement ceux à index glycémique élevé. L’index glycémique mesure la capacité d’un aliment glucidique donné à faire augmenter la glycémie (taux de glucose dans le sang) après son ingestion par rapport à un aliment glucidique de référence (glucose pur).

o Eviter le sucre et produits sucrés (viennoiseries, pâtisseries, glaces…), les sodas, les concentrés de jus et les nectars (privilégier l’eau ou les jus de fruits

100 % pur jus ou les fruits pressés)

o Consommer 2 fruits frais par jour, car ils apportent des fibres et des vitamines. Attention aux fruits sucrés (raisin, figue, pastèque, ananas, mangue). Evitez les compotes

o Privilégier les aliments riches en fibres : légumes secs, graines oléagineuses, produits complet

o Consommer du pain ou des féculents à chaque repas. Contrôler bien la quantité de glucide qu’apportent ces aliments

- Eviter les produits édulcorés (« light »)

- Penser à boire (environ 1,5 l d’eau par jour). Limiter vos apports en alcool riche en sucres (apéritif, liqueur).

- Diminuer les matières grasses. Limiter les matières grasses d’origine animale (graisses saturées dans les viandes grasses, les charcuteries, crème fraîche, fromages gras...) et privilégier celles d’origine végétale (huiles). Mangez notamment des aliments riches en acides gras polyinsaturés (oméga 3) : poisson gras, huile de colza ou de noix, légumes à feuilles vertes

 

L’activité physique est conseillée, si elle n’est pas contre-indiquée par le médecin.

Si la prise en charge diététique ne suffit pas et que la glycémie reste trop élevée, l’insuline est prescripte par injection.

 

Exemple d’une journée type :

Petit-déjeuner :

- Boisson sans sucre (un verre d’eau pour réhydrater le corps)

- Un produit laitier demi-écrémé/yaourt nature

- Un féculent : pain multicéréales ou des flocons d’avoine par exemple

- Matière grasse éventuellement : beurre (5g) ou purée d’amandes

 

Déjeuner : 

- Crudités/salades

- Viande maigre, œuf ou poisson

- légumes cuits

- féculents (3 à 4 sc)

- fruit frais

- Yaourt nature

 

Dîner : 

- Crudités/salades

- Viande maigre, œuf ou poisson

- légumes cuits

- féculents (3 à 4 sc)

- Yaourt nature

 

En cas de collation :

- yaourt nature + fruit frais

 

Boisson : 1.5 L d’eau sur la journée

Assaisonnement de salade : 1 cs d’huile d’olive + 1 cs d’huile de noix ou de colza

 

Nutrition du bien portant, Bases nutritionnelles de la diététique, E. Fredot, Editions Tec et Doc, Lavoisier, 2007.

Physiopathologie : bases physiopathologiques de la diététique, C; Carip et V; Liégeois, Editions Tec et Doc, Lavoisier, 2000.

Régimes, E. Frédot, Editions Tec et Doc, Lavoisier, 2011

Nutrition clinique pratique  chez l’adulte et l’enfant, J.L Schlienger, Elsevier Masson, 2ème édition, 2014

60 ordonnances alimentaires, L. Chevallier, ElesevierMasson, 2011

CNGOF lu le 16 juin 2016

AFD, lu le 16 juin 2016

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