Le Syndrome de l’Intestin Irritable (SII) plus connu en France sous le nom de colopathie fonctionnelle, est une maladie chronique qui associe douleurs abdominales et troubles du transit.

Le Syndrome de l’Intestin Irritable (SII) plus connu en France sous le nom de colopathie fonctionnelle, est une maladie chronique qui associe douleurs abdominales et troubles du transit.

1. Quels sont les symptômes ? Qu’est-ce que le syndrome de l’intestin irritable ?

Les douleurs abdominales,  les ballonnements et les troubles du transit sont les principaux symptômes du SII. Concernant les troubles du transit, il peut s’agir de constipation, de diarrhée, ou d’une alternance des deux, voire de formes difficiles à classer quand le transit se modifie trop souvent.

Bien que ne faisant pas partie aujourd’hui de la définition de la colopathie fonctionnelle, les ballonnements sont quasi constants et leur intensité est prise en compte dans le « score de sévérité » utilisé pour évaluer la colopathie. Ils étaient ainsi présents chez 92% des patients de l’Association des Patients Souffrant du Syndrome de l’Intestin Irritable (APSSII, www.apssii.org) qui ont participé en 2013 à une enquête en ligne sur la maladie.

2. Comment fait-on le diagnostic ?

Il n’existe aucun test diagnostique contrairement à d’autres maladies digestives. Aucune anomalie de prise de sang, de coloscopie, ou d’examen radiologique ne permet d’affirmer la maladie. De ce fait, ayant toujours un doute, des médecins quand ils font différents examens qui sont tous normaux, concluent parfois leur consultation avec la phrase suivante « vous n’avez rien ». Cette normalité des examens est parfois suivie de mots ou d’attitudes qui peuvent suggérer au patient que « c’est dans sa tête ». Pour faire le diagnostic on utilise des critères cliniques (critères de Rome) qui regroupent un ensemble de symptômes qui quand ils sont présents font évoquer le diagnostic.

Les critères de Rome IV
Cette classification a été établie lors d'une réunion de spécialistes dans la ville de Rome dont il existe plusieurs versions, la dernière version qui date de mai 2016 est décrite ci-dessous.
Les critères sont la survenue de douleurs abdominales au moins 1 jour par semaine durant les 3 derniers mois avec au moins 2 des critères suivants :
⦁    En relation avec la défécation
⦁    Survenue associée à une modification de la fréquence des selles
⦁    Survenue associée à une modification de la consistance des selles (selon l’échelle de Bristol)

Echelle de Bristol

Il y a quatre sous-groupes de malades atteints de SII qui se définissent en fonction de la consistance des selles selon l’échelle de Bristol (échelle ci-contre et tableau à suivre).

SII avec constipation prédominante (SII-C) : Bristol 1-2 ≥ 25 % du temps, Bristol 6-7 ≤  25 % du temps
SII avec diarrhée prédominante (SII-D) : Bristol 6-7 ≥ 25 % du temps, Bristol 1-2 ≤  25 % du temps
SII avec alternance diarrhée-constipation (SII-A) : Bristol 1-2 ≥ 25 % du temps, Bristol 6-7 ≥  25 % du temps
SII non spécifié : absence de critères suffisants pour répondre aux critères du SII-C, SII-D ou SII-A

La colopathie fonctionnelle peut aussi être associée à des maladies digestives, comme la dyspepsie (l’équivalent du SII au niveau gastrique) ou à des maladies non digestives comme la fibromyalgie, le syndrome de fatigue chronique, la cystite interstitielle, la migraine. Ces maladies sont aussi de diagnostic et de traitement difficiles et les patients qui en souffrent ont en général une forme plus sévère de colopathie.

 

3. Qui est concerné et quelles sont les conséquences du SII ?

La maladie touche entre 5 et 10% de la population générale. Cette maladie a une prédominance féminine (2 à 3 femmes pour 1 homme) en Europe et aux Etats-Unis. Les patients sont souvent jeunes au moment du diagnostic (le plus souvent avant 45 ans dans les études) mais la maladie peut exister à tout âge. Certaines formes peuvent même débuter dans l’enfance ou l’adolescence. La répartition des formes de SII selon le sous-type de transit est relativement équilibrée entre les formes. Il faut noter qu’une partie importante des patients ne consulte plus (déçue de leur prise en charge précédente) ou n’a jamais consulté (n’ayant pas conscience de cette maladie du fait de la banalité des symptômes).

Si le SII est une maladie chronique bénigne, elle reste souvent taboue malgré les importantes répercussions qu’elle entraîne sur la qualité de vie des malades. La maladie peut ainsi avoir un retentissement important, être responsable d’un sentiment d’isolement, et d’une altération de la qualité de vie qui peut toucher tous les domaines (travail, relation avec les autres, sommeil, alimentation, sexualité…).

4. Quels sont les risques et l’évolution possible de cette maladie ?

Le plus souvent la maladie débute progressivement et sans facteur déclenchant. Dans 20% des cas, la maladie fait cependant suite à un événement aigu, elle peut apparaitre après une forte gastroentérite ou après un choc psychologique voire après une intervention chirurgicale touchant le tube digestif.
Il n’existe aucun risque de décès lié à la maladie ni de risque de transformation en maladie inflammatoire digestive (Crohn) ou en cancer, cependant la colopathie ne protège pas, et au hasard d’autres maladies peuvent survenir après son diagnostic sans pour autant avoir de lien avec elle. Ceci doit faire reconsidérer la nécessité de réaliser de nouveaux examens en cas de modification des symptômes.

5. Que sait-on des mécanismes ?

Les mécanismes sont actuellement mieux connus. Ces mécanismes sont multiples, aucun n’est présent chez tous les malades mais plusieurs peuvent coexister chez un même patient. Certains mécanismes concernent le tube digestif lui-même (micro-inflammation et augmentation de la perméabilité de la paroi intestinale, la flore intestinale, trouble de la motricité du tube digestif). D’autres facteurs concernent les voies nerveuses (hypersensibilité du tube digestif correspondant à des sensations digestives exacerbées) et anomalies de l’intégration des messages issues du tube digestif au niveau de la moelle épinière et du cerveau. Des facteurs psychologiques comme le stress, l’anxiété, ou un état dépressif primitif ou secondaire à la maladie peuvent aussi jouer un rôle. Le « deuxième cerveau » dont on a beaucoup parlé récemment fait référence à la très grande richesse en neurones (cellules nerveuses qui transmettent les informations et l’influx nerveux) dans la paroi du tube digestif et qui constitue le Système Nerveux Entérique (= du tube digestif) avec plus de 100 millions de neurones.
La génétique et l’éducation peuvent aussi jouer un rôle.
Les mécanismes à l’origine des ballonnements peuvent être liés à différents facteurs comme une anomalie de transit des gaz, une augmentation de la production de gaz par des bactéries de l’intestin grêle ou du côlon, ou une hypersensibilité viscérale.

Concernant l’alimentation deux tiers des patients considèrent que les repas peuvent déclencher ou aggraver leurs symptômes. Dans une étude française réalisée en 2001, 57% des patients avaient arrêté de consommer des aliments qu’ils aimaient, 46% ne pouvaient pas manger autant qu’ils le voulaient, et un tiers des patients avaient modifié leur alimentation. Les régimes qui sont suivis par les patients peuvent aussi impacter la qualité de vie en limitant les aliments disponibles et en isolant les patients et rendant plus difficiles les sorties au restaurant ou chez des amis.
L’alimentation peut jouer un rôle par différents mécanismes, notamment par une action sur la motricité ou la sensibilité du tube digestif en rapport avec les graisses qui ralentissent la vidange de l’estomac et majorent l’hypersensibilité. Il peut aussi exister des intolérances alimentaires comme une intolérance au lactose. Une sensibilité anormale au gluten peut exister en dehors même d’une maladie cœliaque. Certains aliments contenant des hydrates de carbone (FODMAPs) peuvent provoquer en cas de malabsorption des symptômes du SII comme une diarrhée par un effet osmotique (= par effet d’appel d’eau) ou des ballonnements, gaz, flatulences et douleurs abdominales du fait des fermentations de ces sucres par les bactéries situées notamment au niveau du côlon droit.

6. Quelle prise en charge ?

Il n'existe pas de traitement de référence incontestable au cours du SII. Aucun traitement ne guérit la maladie. Le but des traitements est de diminuer la fréquence et l'intensité des symptômes (la disparition complète des symptômes est rare). Les traitements disponibles ciblent les symptômes et pour certains des mécanismes. On ne peut pas prédire l'efficacité d'un traitement chez un patient donné. Le traitement doit être adapté au patient lors d'une consultation avec l’analyse de ses symptômes et des traitements déjà essayés. Un traitement efficace à un moment peut perdre son effet transitoirement ou durablement. En pratique, il est fréquent d’essayer différents traitements successivement chez un même patient. L'inefficacité d'un traitement ne doit pas faire reconsidérer le diagnostic. Il existe des traitements de première intention comme les antispasmodiques et les modificateurs du transit. Les autres traitements (antidépresseurs, hypnose) sont des traitements de deuxième intention. Les patients font souvent d’eux-mêmes ou conseillés par des professionnels de santé des régimes sans lactose, sans gluten, pauvre en FODMAPs (= diminution des aliments riches en hydrates de carbone qui favorisent les fermentations) avec parfois une amélioration. Un régime qui n’est pas efficace ne doit pas être poursuivi.
Une étude suédoise a montré que la pratique d’une activité physique pouvait aussi diminuer la sévérité de la maladie.

Pour en savoir plus sur le diagnostic, le retentissement de la maladie, les mécanismes et traitements : Livre « Intestin Irritable, les raisons de la colère » Pr Jean-Marc Sabaté, Editions Larousse, 2016.